Soleil sur l’eau

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Soleil, soleil, vous dispersez à travers les rameaux blessés par l’Automne aux rigueurs naissantes, vous dispersez votre trésor, l’essaim muet des guêpes d’or lumineuses et frémissantes. Soleil, vous dont l’aube a rêvé, pour vous accueillir, j’ai levé mes mains en forme de corbeille ; vous glissez le long de mes doigts… Sur le sable, à mes pieds, je vois l’ombre mince qui m’est pareille. Je vous offre tout ce que j’ai, Soleil ! Le jardin négligé, le mur vêtu d’un lierre triste, la vigne où pend un raisin noir, et la terrasse, et ce miroir : l’étang d’opale et d’améthyste. Parmi les nymphéas déclos, jouez, Soleil, jouez sur l’eau que ride une brise, au passage… Jouez ! Ce miroir est à moi, et j’irai voir dans son œil froid, nimbé du vôtre, mon visage !