Ballade XVIII (En la chambre de ma pensée)

Charles d’Orléans

Ballades

En la chambre de ma pensée, Quant j’ai visité mes tresors, Maintesfoiz la treuve estorfée Richement de plaisants confors. À mon cueur je conseille lors Qu’y prenons notre demourée, Et que par nous soit bien gardée Contre tous ennuyeux rappors. Car Desplaisance maleurée Essaye souvent ses effors, Pour la conquester par emblée Et nous bouter tous deux dehors ; Se Dieu plaît, assez sommes fors Pour bien tôt rompre son armée, Se d’Espoir banyere est portée Contre tous ennuveux rappors. L’inventoire j’ai regardée De nos meubles, en biens et corps ; De legier ne sera gastée, Et si ne ferons à nulz tors. Mieux aymerions être mors, Mon cueur et moi, que couroucée Fut Raison sage et redoutée, Contre tous ennuyeux rappors. Demeurons tous en bons accors, Pour parvenir à joyeux pors : Ou monde qui a peu durée, Soustenons Paix la bien aimée Contre tous ennuyeux rappors.