Stances à l’automne

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Je vous pressens parfois, Automne ! Votre robe sera fripée ainsi qu’un feuillage mouvant, et vos pieds seront froids, car la brume et le vent auront accompagné vos musiques d’Octobre ; et le jour n’aura plus de gloires, mais des voiles étroitement serrés à vos bras languissants… Pâle Automne ma sœur, la langueur vous pressent de mon âme, avec de grands lys dans vos mains pâles. Ah ! ces fleurs dans vos mains, ces fleurs déjà flétries par le sourire ultime et brûlant des étés ! Mais votre font qui ploie aura d’autres beautés, votre voix connaîtra les notes féminines ; vous me direz les noms des choses éphémères qu’assemblera le soir en un suprême accord, et ce désir étrange et profond de la mort, et ce charme qui rôde au seuil des nuits désertes ; vous me direz des mots sages d’une voix basse, vos gestes déliés seront harmonieux… Une autre volupté persiste en ces adieux que vous faites aux jeux d’Amour, Automne chaste ! Je vous pressens, très calme et très sereine, seule au milieu du chemin bruissant… La douceur fleurira dans vos yeux, pâle Automne ma sœur qui glisserez parmi la déroute des feuilles.