Le Soleil et les Grenouilles

Jean de La Fontaine

Fables — 1668

Aux noces d’un tyran tout le peuple en liesse Noyait son souci dans les pots. Ésope seul trouvait que les gens étaient sots De témoigner tant d’allégresse. Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois De songer à l’hyménée. Aussitôt on ouït, d’une commune voix, Se plaindre de leur destinée Les citoyennes des étangs. Que ferons-nous s’il lui vient des enfants ? Dirent-elles au Sort : un seul Soleil à peine Se peut souffrir ; une demi-douzaine Mettra la mer à sec et tous ses habitants. Adieu joncs et marais : notre race est détruite, Bientôt on la verra réduite À l’eau du Styx. Pour un pauvre animal, Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.