Tata, chat de madame la marquise de Monglas, à Grisette, chatte de madame Deshoulières.

Antoinette Des Houlières

Poésies de Madame Deshoulières — 1688

J’ai reçu votre compliment, Vous vous exprimez noblement, Et je vois bien dans vos manières Que vous méprisez les gouttières. Que je vous trouve d’agrémens ! Jamais chatte ne fut si belle, Jamais chatte ne me plut tant, Pas même la chatte fidèle Que j’aimais uniquement. Quand vous m’offrez votre tendresse Me parlez-vous de bonne foi ? Se peut-il que l’on s’intéresse Pour un malheureux comme moi ; Hélas ! que n’êtes-vous sincère, Que vous me verriez amoureux ! Mais je me forme une chimère, Puis-je être aimé, puis-je être heureux ? Vous dirai-je ma peine extrême : Je suis réduit à l’amitié, Depuis qu’un jaloux sans pitié M’a surpris aimant ce qu’il aime. Épargnez-moi le récit douloureux De ma honte et de sa vengeance, Plaignez mon destin rigoureux ; Plaindre les maux d’un malheureux Les soulagent plus qu’on ne pense. Ainsi je n’ai plus de plaisirs : Indigne d’être à vous, belle et tendre Grisette, Je sens plus que jamais la perte que j’ai faite En perdant mes désirs ; Perte d’autant plus déplorable Quelle est irréparable.