Un caprice cruel a cloué sur la proue

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Un caprice cruel a cloué sur la proue Du navire porteur de voiles et d’espoir La Sirène qui tient en sa main un miroir Et dont la chevelure éparse se dénoue ! La Charmeuse qui sur la plage où la mer troue De son flot obstiné le rocher dur et noir Vers la côte attirait le voyageur du soir Et vers l’écueil inévitable où l’on échoue, Privée à tout jamais du vieil enchantement, Regarde l’accalmie et le déroulement De la houle muette aux horizons où monte Le deuil d’ombre qui suit la chute des soleils : Nuit où son chant n’arrête plus la course prompte Du navire porteur d’espoirs et de sommeils.