le renard

Francis Jammes

Le Tombeau de Jean de La Fontaine — 1921

Francis Jammes, un jour, à l’école primaire, Faisait passer des examens. Que le dernier enfant il n’en savait plus guère. Mais il est utile aux humains Que l’un d’entre eux parfois sur les autres se pose Sans qu’aucune vertu ni science en soit cause. C’était le cas. Francis n’avait rien qui le pût Désigner pour trancher les lois de la grammaire : Aux pions il les laisse, il prend la primevère. Il ne demanda rien qui n’eût un autre but Que de voir la nature au travers de ta fable. Or donc les tout petits sur la petite table S’étaient penchés patiemment Afin de décider si le renard vraiment À l’égard du corbeau s’était montré coupable En exploitant sa vanité Jusqu’à ce point qu’il eut son fromage emporté. Toute écolière avait, au nom de la morale, Flétri ma race et dit qu’un aussi grand auteur N’avait pu que blâmer cet impudent menteur, Le renard, qui toujours fut sujet à scandale. Or, les filles ayant conclu, tous les garçons Se crurent obligés d’épouser leurs leçons, Sauf l’un, qu’on me dit être aussi simple qu’un âne. Je vois encor, telle une pomme paysanne, Sa joue au teint rosé mais qui n’a point de fard. Il répondit ainsi : « Je crois que le renard Eut raison de voler au corbeau son fromage, Car il l’alla manger, bien content, au garage. » Cet enfant seul eut-il raison de me venger ? N’était-ce ta façon, ô maître, de juger ?