La du Barry

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

La petite fée du joli, toute poudrée de grâces mièvres, Tourne d’une main distraite, et blanche à merveille, La cuiller, dans une tasse — qui est assurément En fine porcelaine de Sèvres — Où fume le café odorant, don nouveau D’un monde aussi fabuleux Que les contrées des contes de Perrault. Les fleurettes de sa robe à panier Sont moins futiles et folles que sa tête frisée À menus frisons, blancs comme du sucre. C’est un oiselet voluptueux et insoucieux ; Fait pour le nid royal et les longues paresses, Sur des tapis — qui coûtent des provinces. Tout ce qu’elle sait — cette petite courtisane — C’est que son amoureux est le plus grand Gentilhomme de France, — Et que le rose tendre lui va divinement. Mais le carmin mignard, De ses joues, pâlit soudain ; Car, le souvenir lui vient D’un odieux cauchemar Qu’elle eût dernièrement : C’était, au milieu d’une hurlante multitude… Un lourd couteau Tombait sur son cou délicat… — Ah ! le vilain rêve ! — dit-elle, de ses mignonnes lèvres roses, Qu’on dirait peintes par Boucher, — Décidément, je ne boirai plus de café, C’est lui qui doit en être cause — Mais déjà, pensant à autre chose, Elle vide sa tasse à petits traits.