« Un jour je vis… »

Victor Hugo

Les Contemplations — 1856

Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants, Un jour jPasser, gonflant ses voiles, Un rapide navire enveloppé de vents, Un jour jDe vagues et d’étoiles ; Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux, Un jour jQue l’autre abîme touche, Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux Un jour jNe voyaient pas la bouche : — Poëte, tu fais bien ! poëte au triste front, Un jour jTu rêves près des ondes, Et tu tires des mers bien des choses qui sont Un jour jSous les vagues profondes ! La mer, c’est le Seigneur, que, misère ou bonheur, Un jour jTout destin montre et nomme ; Le vent, c’est le Seigneur ; l’astre, c’est le Seigneur ; Un jour jLe navire, c’est l’homme. —