Chant de Fauvette

Amélie Gex

Poésies — 1879

Je suis fauvette, De l’alouette J’ai la gaîtė ; J’aime comme elle Sentir mon aile En liberté. Leste et frivole, Sur tout je vole, Chêne ou roseau ; À Dieu je fie Ma courte vie, Mon cœur d’oiseau. Que l’aube arrive, J’éveille, active, Merle et pinson ; Que le jour meure, J’ai pour chaque heure Une chanson. Rien ne m’ennuie, Soleil ou pluie Comblent mes vœux. Tout passe vite Quand dans un gite L’on n’est que deux !… Je suis fauvette, De l’alouette J’ai la gaîté ; J’aime comme elle, Sentir mon aile En liberté. L’humble domaine Dont je suis reine N’est qu’un buisson ; C’est peu de chose, Mais j’en dispose À ma façon. Les pâquerettes, Les violettes Sont mes tapis. Mousse et brin d’herbe Rendent superbe Mon doux logis. Brise qui penche Ma frèle branche, Berce toujours Sans brusquerie Ma rêverie Et mes amours… Que ma couvée Soit préservée, Que toi, mon nid, Quand je sommeille, Par Dieu qui veille Tu sois béni ! Je suis fauvette, De l’alouette J’ai la gaîté ; J’aime comme elle Sentir mon aile En liberté !