Que je voudrais te voir

Amable Tastu

Poésies nouvelles — 1835

Que je voudrais te voir, quand la tardive aurore Annonce le réveil de nos derniers beaux jours ! Ces derniers jours si doux, bien que déjà si courts, A tes côtés, pour moi, seraient plus doux encore ! Que je voudrais te voir ! Que je voudrais te voir ! Ici le tiède automne Déjà de pourpre et d'or teint les ombrages verts ; Quelque feuille séchée en tombe au gré des airs, Et j'écoute en rêvant sa chute monotone... Que je voudrais te voir ! Que je voudrais te voir, te voir sourire encore A ces chants imparfaits où se comptait ma voix, Que la tienne si douce embellit quelquefois... Tout nouveau sur ma bouche un autre vient d'éclore : Que je voudrais te voir ! Que je voudrais te voir, et, tant que le jour dure, Errer muets tous deux, et, la main dans la main, Le soir sans nous quitter nous redire : A demain ! Mais seule je m'endors, et tout bas je murmure : Que je voudrais te voir !