On voit, quand vient l’automne, aux fils télégraphiques

Francis Jammes

Clairières dans le ciel — 1906

On voit, quand vient l’automne, aux fils télégraphiques de longues lignes d’hirondelles grelotter. On sent leurs petits cœurs qui ont froid s’inquiéter. Même sans l’avoir vu, les plus toutes petites aspirent au ciel chaud et sans tache d’Afrique. … Sans l’avoir jamais vu ! dis-je. C’est comme nous qui désirons le Ciel dans notre inquiétude. Elles sont là, perchées, pointues, faisant l’étude de l’air, ou décrivant le vol d’un cercle doux, pour venir repercher à l’endroit qu’elles quittent. C’est dur d’abandonner le porche de l’église ! dur qu’il ne soit plus tiède ainsi qu’aux mois passés… Oh ! Comme elles s’attristent ! Oh ! Pourquoi le noyer les a-t-il donc trompées en n’ayant plus de feuilles ? La nichée de l’année ne le reconnaît point, ce printemps que l’automne a recouvert de deuil. Ainsi l’âme qui a souffert de tant de choses, avant de traverser les Océans divins et de gagner le Ciel des éternelles Roses, s’essaye, hésite, et, avant de partir, revient.