LA LOI DE DIEu

Léocadie Hersent-Penquer

Tout ce qui nait dans la nature Connaît la joie et les douleurs, Car le Dieu qui fit l'onde pure 1 Fit aussi la source des pleurs. Il a dit à la race humaine : — « Voici l'ivraie et le froment. « Voici l'amour, voici la haine, « L'or, la fange et le diamant. « Voici le bien que tu peux faire; « Voici le mal que tu feras : « Le secret que tu devras taire ; « Celui que tu révèleras « La route que tu voudras suivre « Et celle où tu viendras périr : « J'ai créé la vie. Il faut vivre ! « J'ai fait la mort. Il faut mourir ! » Et tout cède à la loi suprême : Le ciel, les eaux, les airs, le feu Et la terre, la terre, même, Tout cèqe à cette lOi de Dieu ! * C'est pour cela que d'âge en âge Toute chose a suivi son cours : Le ciel, recouvert d'un nuage, Garde l'azur et les beaux jours. La mer qui berce le navire Et qui forme des océans ; La mer, où le ciel bleu se mire, Renferme des gouffres béants ! L'air, plein de séve et plein d'aromcs, Contient la foudre et les poisons, La peste, qui fauche les hommes, L'auche les moissons. Le feu qui réchauffe nos veines, Le feu qui flambe et qui se tord, Porte, dans ses chaudes haleines, Hélas ! l'incendie et la mort ! La terre, cette plaine immense Que nous couvrons d'or et de sang, De fleurs, de débris, de semence, Cache nos cercueils dans son flanc ! Mais l'homme, ce divin problème ! L'homme, ce pauvre aveugle-né, Seigneur, que ta justice, même, Dès sa naissance a condamné ! L'homme, fait d'orgueil et de rêve, Marche sans voir où vont ses pas, Et, seul, ce malheureux fils d'Eve, Te nie ou ne t'écoute pas!