Cousin, monstre à double aile, au mufle Éléphantin

Pierre de Ronsard

Amours diverses — 1578

Cousin, monstre à double aile, au mufle Éléphantin, Canal à tirer sang, qui voletant en presse Siffles d'un son aigu, ne pique ma Maîtresse, Et la laisse dormir du soir jusqu'au matin. Si ton corps d'un atome, et ton nez de mâtin Cherche tant à piquer la peau d'une Déesse, En lieu d'elle, Cousin, la mienne je te laisse : Suce la, que mon sang te soit comme un butin. Cousin, je m'en dédis : hume moi de la belle Le sang, et m'en apporte une goutte nouvelle Pour goûter quel il est. Ha, que le sort fatal Ne permet à mon corps de prendre ton essence ! Repiquant ses beaux yeux, elle aurait connaissance Qu'un rien qu'on ne voit pas, fait souvent un grand mal.