La nature, éternelle mère

Victor Hugo

Toute la lyre

La nature, éternelle mère, Vous versa ses chastes faveurs, Vieil Hésiode, vieil Homère, Ô poëtes, géants rêveurs ! Chantres des socs et des épées, À travers les temps, noir brouillard, Vous montrez dans vos épopées L’homme enfant à l’homme vieillard. On voit en vous, comme une aurore, Briller ce beau passé doré Que la Grèce contemple encore Avec un sourire effaré. Comme l’ourse et les dioscures Percent les branchages touffus, On voit dans vos lueurs obscures Remuer un monde confus. On voit, moins divins que vous-mêmes, Resplendir, calmes et tonnants, Dans la nuit de vos vieux poëmes Les olympiens rayonnants ! Votre cime touche les nues ; Dans votre ombre où luit l’orient Les héros, les déesses nues Vont et viennent en souriant. Les dieux, qui pour nous sont des marbres, Vivent dans vos livres jumeaux. Comme des oiseaux dans les arbres, Ils volent dans vos grands rameaux !