À Aloys Blondel

François Coppée

Sonnets intimes et poèmes inédits — 1911

Aloys, songes-tu quelquefois au poète Qui t'attirait naguère entre ses deux genoux Et, mettant un baiser sur tes cheveux si doux, Admirait ton teint frais et ton rire de fête ? Lui se souvient de toi. Devant ta blonde tête Il éprouvait, hélas ! comme un regret jaloux ; Car, privé du bonheur du père et de l'époux, Il vieillit, solitaire, et sa vie est mal faite. Cher petit Aloys, ô fils de mon ami, Que l'ange du Seigneur qui te veille, endormi, Te fasse prendre un jour la route droite et sûre ; Et, demeurant la joie et la fierté des tiens, En ton regard viril garde la clarté pure Que dans tes yeux d'enfant mit le ciel d'où tu viens.