Lorsque le soir descend

Alice de Chambrier

Au delà — 1883

Lorsque le soir descend, j’aime entendre les vagues Expirer sur la grève avec des sanglots vagues, Tandis qu’un rayon pâle égaré dans les cieux Mêle son reflet clair au bleu triste des ondes Et brode un ourlet d’or sur les nappes profondes Qui jettent leur chanson dans l’air silencieux. J’aime entendre le vent qui s’irrite ou qui pleure Et qui parle dans l’ombre aux branches qu’il effleure D’un baiser qui les fait frémir et s’agiter ; J’aime écouter, pensif, la voix subtile et douce D’un insecte azuré qui dit aux brins de mousse Ce que nul être humain ne saurait répéter. J’aime entendre le chant limpide de la source Qui sur un lit de sable accélère sa course Et s’enfuit vers un but qu’elle ne connaît pas. J’aime entendre le bruit superbe du tonnerre, Lorsque du haut du ciel il s’adresse à la terre Qui l’écoute soumise et tremble à ses éclats. J’aime écouter, la nuit, tout seul devant l’espace, Le doux bruissement du silence qui passe Et la vague chanson qui s’échappe du ciel, Mystiques entretiens des sphères suspendues, Comme des lampes d’or, aux mornes étendues Où le froid et la nuit ont leur règne éternel. Oh ! que l’homme apprendrait de choses merveilleuses S’il percevait le sens des voix mystérieuses Qu’il entend s’élever à chacun de ses pas ! Mais cet hymne sacré que chante la nature Est pour l’esprit humain d’une essence trop pure ; Il peut le pressentir, il ne le comprend pas.