Chrysilla

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Lorsque l’heure viendra de la coupe remplie, Déesse, épargne-moi de voir à mon chevet Le Temps tardif couper, sans pleurs et sans regret, Le long fil importun d’une trop longue vie. Arme plutôt l’Amour ; hélas ! il m’a haïe Toujours et je sais trop que le cruel voudrait Déjà que de mon coeur, à son suprême trait, Coulât mon sang mortel sur la terre rougie. Mais non ! que vers le soir en riant m’apparaisse, Silencieuse, nue et belle, ma Jeunesse ! Qu’elle tienne une rose et l’effeuille dans l’eau ; J'écouterai l’adieu pleuré par la fontaine Et, sans qu’il soit besoin de flèches ni de faulx, Je fermerai les yeux pour la nuit souterraine.