Effigies

Marie Krysinska

Joies errantes — 1894

Frêle et blonde, sentimentale et sensuelle ; Le fatidique Orient sculpta ses traits parlants De chimère inquiète, inquiétamment belle, Aux pâles yeux, couleur de vagues déferlant, Où !’âme des lointaines races se révèle. De son geste félin, alenti de langueur, Émane un très subtil et très multiple charme : Des grandes Cléopâtres c’est la petite sœur. L’artiste, pour cette Fleur de Mélancolie Souhaite — afin qu’elle soit encor plus jolie — Le fard d’Insomnie et la parure des Larmes. Chatte brune au beau geste hiératique et hautain ; Frémissante de passions nobles et d’autres ; — Mais tes passions sont toutes nobles, même les autres, — L’enthousiasme rayonne en ses doux yeux châtains Et son sourire a le charme clair des matins. Jean Goujon eût aimé sa taille longue et fière Aux bras souples, au cou royal de quelque Diane Chasseresse de Rêve aux lunaires clairières ; Elle eût exquisement porté le blanc hennin Et le brocart, au temps somptueux de reine Anne — Chatte brune au beau geste hiératique et hautain. Factice simplement. Par les grâces savantes Très femme ; mais enfant par la joie ingénue Qui montre, au gré du rire clair, ses dents charmantes, Enluminant les lèvres dont l’arc fier s’atténue À cette sonnerie de gaité enchantante. Noires le soir, le jour d’outremer ses prunelles Ont la grave beauté des grandes amoureuses, Brillant parmi l’iris dont la nacre étincelle ; Finement d’or ; les cheveux en boucles câlines Se pâment vers ses yeux ; — telle l’eût rêvée Greuze En ces boucles — comme des paroles — câlines. Muse et rapin ; les traits mignards et volontaires ; Aussi parfaits que si Jean Clouet les eût peints. De l’esprit comme un diable en ses yeux gris et verts Et du charme très doux, généreux comme un vin, Dans le sourire — comme une rose — entr’ouvert. Depuis les ondes folles de la chevelure Jusqu’aux fins ongles — c’est la Française de race ; Très complexe : fière et simple, perverse et pure. De la femme elle a toute la futile grâce, Mais d’un loyal ami la droiture certaine : — Un camarade exquis, joli comme une reine. De la grâce ingénue, aussi émouvante Que la grâce des paysages normands Où, parmi les doux feuillages bruissants L’eau coquette, miroite, court et chante. Le cher souci d’Art a mis dans ses yeux gris, Rieurs de malice, un rien de graves songers, Mais sa bouche demeure le fruit frais des vergers Aimés de Watteau et — tout parfumé d’esprit. Le siècle des fossettes et des bergeries, Des amours, des rubans et des cœurs aux abois, Semble l’avoir ornée pour le plaisir des yeux ; Et c’est aussi le charme exquis des causeries Tendres et raisonneuses des Dames d’autrefois Qui ressuscite en elle par le vouloir des Dieux.