Au bord des flots, au sein des sombres Babylones

Victor Hugo

Toute la lyre

Au bord des flots, au sein des sombres Babylones, Reste à jamais debout sur les hautes colonnes ! Veille sur nos vaisseaux et veille sur nos tours ! Sois toujours fier de nous ! Libre, calme, sereine, La France a l’avenir ! La France est encor reine ! Ton empire est tombé, ton peuple vit toujours. Une aube meilleure Sur nous brillera. Nous attendons l’heure, Mais l’heure viendra ! Comme Dieu lui-même Qui récolte et sème Dans l’immensité, Notre auguste France A la patience De l’éternité ! En vain Londre et Moscou, dans leur rage inféconde, L’une hors de l’Europe et l’autre hors du monde, Ont mutilé la France alors que tu tombas ; Et sur nos maux profonds qui saignent et s’irritent Ont posé, comme un vase où des serpents s’agitent, Une fragile paix pleine de sourds combats ! Une aube meilleure Sur nous brillera… Dieu veut la grande France et la grande Allemagne. Il fit Napoléon comme il fit Charlemagne, Pour donner à l’Europe un centre souverain. Que Stamboul meure, alors vers l’orient tournée, Teutonia, de gloire et de paix couronnée, Reprendra le Danube et nous rendra le Rhin ! Une aube meilleure Sur nous brillera… En attendant ce jour que chaque instant amène, Jour où l’amour luira sur la famille humaine, Jour où s’effaceront les crimes expiés, Vois au-dessous de toi, figure solennelle, L’éternelle tempête et la haine éternelle, L’Océan sous tes yeux, l’Angleterre à tes pieds ! Une aube meilleure Sur nous brillera. Nous attendons l’heure, Mais l’heure viendra. Comme Dieu lui-même Qui récolte et sème Dans l’immensité, Notre auguste France A la patience De l’éternité !