Pourquoi mourir ?

Alice de Chambrier

Au delà — 1883

La fourmi demanda quelque soir à la rose ; « Pourquoi faut-il mourir ? » La belle fleur frémit : « Je ne le sais, fourmi, lui dit-elle et je n’ose Songer à cet instant où tout sombre et finit. Va demander au chêne ; il te dira peut-être Pourquoi, s’il faut mourir, il faut quand même naître. » La fourmi s’en alla vers le chêne géant : « On doit savoir beaucoup, chêne, quand on est grand, Dit-elle; réponds-moi : pourquoi faut-il mourir ? Il serait si beau d’être et de ne point finir ! » Mais l’arbre tristement branla sa haute cime : « Comment saurais-je ça, fourmi, pauvre être infime Que je suis ? Va plus haut, arrête le nuage ; Peut-être qu’il pourra t’en dire davantage. » La fourmi s’en alla : « Ô nuage, dis-moi, Tu dois bien en savoir la raison, dis, pourquoi Devons-nous tous mourir et quitter cette terre ? Exister est si doux ; mourir est chose amère ! » Le nuage pleura : « Va demander plus haut Pourquoi nous devons tous disparaître si tôt ; Je ne fais que passer…, la lune dans la nue Peut-être le saura ; ce soir, à sa venue, Va la questionner. » Quand l’astre de la nuit Sur la terre jeta son doux regard qui luit, La fourmi s’avança : « Belle lune, dit-elle, Dis-moi, sais-tu pourquoi tu n’es pas immortelle ? » La lune soupira : « Monte jusqu’au soleil, Il est plus grand que moi, va guetter son réveil. » Quand le jour fut venu : « Soleil dit la fourmi, Pourquoi faut-il mourir ? On est si bien ici. » L’astre du jour pâlit : « Ah ! demande à l’étoile ! Pour elle, elle si haut, le ciel n’a point de voile. » Mais les astres brillants, à la voûte du ciel, Dirent : « Demande à Dieu, lui seul est éternel ! »