La Ronce

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Tu n’auras pas en ma pensée un clair tombeau De marbre solitaire et pur, au bord de l’eau Qui mirerait ton Ombre en pleurant ta mémoire ; Je ne planterai pas, pour embaumer la gloire De ta beauté qui dans sa cendre ici repose, Le rosier jamais las d’épanouir ses roses Dont le pieux parfum attire vers la Mort Le poète qui passe et les abeilles d’or. Non ! à ton souvenir méchant je dresserai Une stèle d’argile sèche ou d’âptre grès Sur qui, seuls visiteurs que ton Ombre apprivoise, Rampent la fourbe guêpe et la ronce sournoise.