Soleil d’hiver

Louisa Siefert

Rayons perdus — 1869

Hélas ! hier encor sur mon front, sur ma lèvre, Sont venus se poser la joie & le plaisir, J’ai ri comme une folle… aujourd’hui j’ai la fièvre, Car ma porte est fermée & j’en ai le loisir. Ô pauvre humanité ! J’ai pitié de moi-même Quand mon masque s’en va décollé par mes pleurs Et qu’apparaît, meurtri, consumé, maigre, blême, Mon visage, dont tous admiraient les couleurs. — Nous sommes en janvier : le ciel, d’un azur tendre, Réfléchit sa splendeur dans les flots clapotants ; Le vent est si léger qu’à peine on peut l’entendre, Le soleil est si doux qu’on dirait le printemps. Mais, comme ces rayons à la nature morte Se prodiguent en vain & ne fécondent rien, Dans mon âme, la peine est aussi la plus forte : Mon rire est un mensonge & l’amour le sait bien !