LES ÉTOILES
Léocadie Hersent-Penquer
Seriez-vous, beaux essaims suspendus sur le monde,
De simples feux follets ou des âmes en pleurs?
H. LE MONNIER.
Ma fenêtre est ouverte au calme de la nuit.
Je rêve, je suis seule et j'écoute : nul bruit
Ne monte vers moi de la grève.
Le silence est partout, sur l'onde et dans les bois ;
Nul chant de rossignol, nul zéphyr, nulle voix
Ne trouble la paix de mon rêve.
A quoi rêvais-je ainsi? — j'ai dit que je rêvais. —
Serait-ce où va demain? Où moi-même je vais
Attachée au char du mystère?
Serait-ce à ce que fait l'homme, faible ou vainqueur,
Avec sa volonté, son esprit et son cœur,
De bien ou de mal sur la terre ?
Serait-ce à ce que fait le grillon dans son coin?
Serait-ce à la fourmi qui ramasse avec soin
Des trésors pour sa fourmilière?
Ou bien au doux ramier, fidèle à son amour ?
A ce gai sansonnet que j'ai vu tout le jour,
Si triste, hélas ! en sa volière?
A quoi rêvàis-je ainsi? Serait-ce d'être ailleurs?
D'entendre plus de bruit? de voir plus de lueurs
Et de courir où va la foule?
D'être comme l'oiseau qui vole dans les airs,
Ou bien comme l'esquif, qui vogue sur les mers,
Toujours ballotté par la houle?
Non, je ne rêve à rien de semblable aujourd'hui : Ce
soir, quand le soleil vers le couchant a fui,
Et quand la nuit a pris ses voiles,
J'ai porté mon regard vers l'horizon obscur,
Et j'ai vu se lever tout à coup, dans l'azur,
Les planètes et les étoiles.
Et, depuis ce moment, je parcours, comme Herschell,
De monde en monde, hélas ! tout l'infini du ciel;
Je cherche à résoudre un problème :
—Que fait l'homme là-haut, Seigneur, si loin d'ici ?
Est-ce qu'il est heureux? est-ce qu'il rêve aussi ?
Est-ce qu'il prie? est-ce qu'il aime?
Est-ce que dans Saturne on est vraiment méchant,
Comme l'a dit Hugo, dans un sublime chant1
Rempli de choses fabuleuses?
Étant plus loin de nous, est-on plus près de Dieu
Dans la blanche Uranus, ou dans ce sombre lieu
Peuplé d'étoiles nébuleuses? —
Je cherche à le savoir, et j'interroge encor,
Le firmament couvert d'autant d'étoiles d'or
Que la terre de fleurs écloses,
Quand le printemps revient prodigue et radieux ;
Quand le printemps renaît, n'enviant rien aux cieux
Que l'éternité pour les roses!
Mais je n'ai rien appris; non, rien !. je ne sais -rien! A
quoi m'aura servi mon vol aérien ?
A quoi m'aura servi mon rêve?
A me dire : — Qu'importe à des jours condamnés
Les mondes qui s'en vont? les mondes nouveau-nés?
Et qu'un soleil de plus se lève?
I SÁTUltNJr, Contemplations, liy. ni.
-:ml-
Qu'importe à mes regards? qu'importe à mes désirs,
A mes plus chers espoirs, à mes plus doux loisirs,
Ce qui se passe dans les nues?
Puisque je dois mourir, qu'importe à mon orgueil,
A ma robe de fête, à ma robe de deuil,
Le sort des sphères inconnues?
Kergleuz, avril 1862.