Tes bras sont plus profonds

Cécile Sauvage

Tandis que la terre tourne — 1910

Tes bras sont plus profonds que les arbres berceurs, Que les blés où le vent se prolonge et s’enfonce Et tes sanglots d’amour ont ce cri de chaleur Du grillon qui suffoque à midi sous la ronce. Je ne distingue plus quand tu ris dans mon cou Si c’est en moi ton souffle ou la brise qui filtre. Quand tu passes, mon cœur dans mon sein à grands coups Bat ainsi qu’un frelon heurtant contre la vitre ; Mais surtout on dirait que la route, c’est moi, Que tu viens en foulant mon herbe et ma poussière Et qu’à tes yeux j’étends la ramure des bois Où tu vas pénétrer mon âme de clairière.