Le Réveil (La nuit lente s’en va peu à peu. J’ai rêvé)

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

La nuit lente s’en va peu à peu. J’ai rêvé Un long songe de cris, d’angoisse et de colère… Et l’ombre moins confuse est à peine plus claire, L’aube à peine a bleui le mur et le pavé. Hier encore pourtant le jour s’est achevé Très doux et j’ai cueilli dans le bois solitaire Pour cette urne de glaise et ce vase de verre Cette rose arrondie et ce lys incurvé. Mais ce matin le coq salut a pleine gorge Une aurore enflammée où le feu de la forge Matinale, déjà gronde, étincelle et luit ; L’enclume sonne au marteau dur, âpre vigile Et le glaive qu’il bat à son robuste bruit Fait tinter le cristal et se fendre l’argile.