Avisons nous qu’il nous convient mourir

Christine de Pizan

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Les biens mondains et tous leurs accessoires Chacun voit bien qu’ilz sont vains et fallibles, Si sommes folz quant pour les transitoires Choses, laissons les joyes infallibles Que Dieux donne aux innocens paisibles Qui n’ont nul soing de trésor acquérir ; Mais pour prisier pou choses corruptibles Avisons nous qu’il nous convient mourir. Qu’est il des grands, dont on lit es hystoires, Qui portèrent les fais griefz et penibles Pour avoir loz, grands honneurs et vittoires ? Ne sont ilz mors et a nos yeux visibles ? Ne veons nous, soient choses sensibles Ou non, faillir toute riens ? fault porrir ; Si n’ayons foi en choses impossibles, Avisons nous qu’il nous convient mourir. Et pour les biens qui ne valent deux poires Pour nous sauver, ains souvent sont nuisibles, Ne perdons Dieu, disans choses non voires, Pour accomplir péchiez laiz et orribles Et pour deliz vains, laiz et non loisibles ; Car Dieu sait tout : on ne lui puet couvrir ; Pour eschiver ses vengences terribles Avisons nous qu’il nous convient mourir. Princes et clers d’entendemens sensibles, Ne vueillons pas par nos meffais perir, A nous sauver soions tous entendibles, Avisons nous qu’il nous convient mourir.