Décembre

Émile Verhaeren

Almanach — 1895

Ouvrez les gens, ouvrez la porte, je frappe au seuil et à l’auvent, ouvrez les gens, je suis le vent qui s’habille de feuilles mortes. — Entrez monsieur, entrez le vent, voici pour vous loger la cheminée et sa niche badigeonnée ; entrez chez nous, monsieur le vent. Ouvrez les gens, je suis la pluie, je suis la veuve en robe grise dont la trame s’indéfinise dans un brouillard couleur de suie. — Entrez la veuve, entrez chez nous, entrez la froide et la livide, les lézardes du mur humide s’ouvrent pour vous loger chez nous. — Levez les gens la barre en fer, ouvrez les gens, je suis la neige, mon manteau blanc se désagrège sur les routes du vieil hiver. — Entrez la neige, entrez la dame, avec vos pétales de lys, et semez-les par le taudis jusque dans l’âtre où vit la flamme. Car nous sommes les gens inquiétants qui habitons le Nord des régions désertes, qui vous aimons — depuis quels temps ? — pour les peines que nous avons par vous souffertes.