Un jour la Vérité se lassant d’être nue. Apologue

Amélie Gex

Poésies — 1879

Un jour, la Vérité se lassant d’être nue Mit un jupon. La dame ainsi parée et sans être connue Chez un fripon S’en vint doucettement lui conter la morale D’un ton badin ; La chose plut d’abord au fripon qui l’avale Sans nul dédain. Contente d’avoir pu sans paraître importune Placer son mot, On la vit s’enhardir jusqu’à chercher fortune Auprès d’un sot. Un sage qui suivait pas à pas la déesse, D’un air discret, À la fin, comprenant sa merveilleuse adresse, Prit son secret. Au manteau de zénon cousant des broderies, Il inventa De nous morigéner par des allégories Qu’on écouta… Moi, sans joindre à ces vers aucun autre épilogue, J’espère bien Avoir pris pour conter mon modeste apologue Le bon moyen, Et prouver qu’au public, atteint de ridicule Pour s’en tirer, Un conteur ne doit point donner une pillule Sans la dorer.