Fumées

Guillaume Apollinaire

Calligrammes — 1918

Et tandis que la guerre Ensanglante la terre Je hausse les odeurs Près des couleurs-saveurs Et je fu Et je fum Et je fume Et je fumdu Et je fumta Et je fumbac Et je fumede Et je fumeZoNE Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées Mais je connais aussi les grottes parfumées Où gravite l’azur unique des fumées Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour Tu t’étends comme un dieu fatigué par l’amour Tu t’étends Tu fascines les flammes Tu t’étends Elles rampent à tes pieds Tu t’étends Ces nonchalantes femmes Tu t’étends Tes feuilles de papier