Ballade XXXVII
Charles d’Orléans
Poème de la prison
L’autr’ier alay mon cueur veoir,
Pour savoir comment se portoit ;
Si trouvay avec lui Espoir
Qui doucement le confortoit
Et ces parolles lui disoit :
Cueur, tenez vous joieusement,
Je vous fais loyalle promesse
Que je vous garde seurement
Trésor d’amoureuse richesse.
Car je vous fais, pour vrai, savoir
Que la plus tresbelle qui soit
Vous aime de loyal vouloir ;
Et volontiers pour vous feroit
Tout ce qu’elle faire pourroit ;
Et vous mande que vrayement,
Maugré Dangier et sa rudesse
Departir vous veut largement
Trésor d’amoureuse richesse.
Alors mon cueur, pour dire voir,
De joie souvent soupiroit,
Et, combien qu’il portast le noir,
Toutesfoiz pour lors oublioit
Toute la doleur qu’il avoit,
Pensant de recouvrer briefment
Plaisance, Confort et Liesse.
Et d’avoir en gouvernement
Trésor d’amoureuse richesse.
À Bon Espoir mon cueur s’atent
Et à vous, ma belle maîtresse,
Que lui espargniez loyaument
Trésor d’amoureuse richesse.