Car maintenant, nourri d’un ineffable blé

Francis Jammes

Clairières dans le ciel — 1906

Car maintenant, nourri d’un ineffable blé, il semblait qu’à ses yeux s’ouvrît un nouveau monde : l’oiseau, l’arbre, la pierre avaient une clarté qu’il ne connaissait pas, et la tuile frappée par le soleil tombant était profonde et nette. Ce n’était plus ce cauchemar fou et grotesque où les choses ont l’air surprises d’exister : Maintenant chaque chose était telle qu’elle est. Dans le jardin Dieu seul avait mis la lavande et les bruyères et les genêts dans les landes. Il avait découpé, par un très doux mystère, ce petit coq dans du soleil vert, et ce lièvre à même le terreau éboulé d’un sillon, et, dans la blanche fleur des pois, ce papillon.