Novembre

Amélie Gex

Poésies — 1879

Flambe, flambe, ma bourrée, Sur les noirs chenets de fer, Lance ta flamme azurée Du foyer joyeux éclair ; C’est la première soirée De l’hiver. Brrr… ! Brrr… ! brrr !… voici la bise ; Fermons la porte et l’auvent Au vent ; Laissons gémir, à leur guise, Le lourd portail de l’église Et le vieux coq de fer-blanc Tremblant… Quand la tempête Hurle, ma foi ! C’est une fête D’être chez soi ! Quel vacarme et quel orage ! Dehors on ne ferait pas Trois pas ; Pour ouïr un tel tapage, De l’enfer l’aréopage Doit sonner un branle-bas, Là bas !… Quand la tempête Hurle, ma foi ! C’est une fête D’être chez soi ! Sur le toit, la girouette Grince et fait, à chaque assaut, Un saut. Ah ! pour sûr, dans sa chambrette, La pauvre vieille Nanette Ne doit pas avoir, là-haut, Bien chaud !… Quand la tempête, Hurle, ma foi ! C’est une fête D’être chez soi ! Sur la table étendez la nappe ; Servez la viande et les choux, Dessous. Que le diable crie ou jappe, On n’ouvrirait pas au pape Quand il frapperait, chez nous, Vingt coups !… Quand la tempête, Hurle, ma foi ! C’est une fête D’être chez soi ! Flambe, flambe ma bourrée Sur les noirs chenets de fer, Lance ta flamme azurée Du foyer joyeux éclair ; C’est la première soirée De l’hiver.