Le Lion et le Chasseur

Jean de La Fontaine

Fables — 1668

Un fanfaron, amateur de la chasse, Venant de perdre un chien de bonne race Qu’il soupçonnait dans le corps d’un lion, Vit un berger. Enseigne-moi, de grâce, De mon voleur, lui dit-il, la maison ; Que de ce pas je me fasse raison. Le berger dit : C’est vers cette montagne. En lui payant de tribut un mouton Par chaque mois, j’erre dans la campagne Comme il me plaît ; et je suis en repos. Dans le moment qu’ils tenaient ces propos Le lion sort, et vient d’un pas agile. Le fanfaron aussitôt d’esquiver ; Ô Jupiter, montre-moi quelque asile, S’écria-t-il, qui me puisse sauver ! La vraie épreuve de courage N’est que dans le danger que l’on touche du doigt : Tel le cherchait, dit-il, qui, changeant de langage, S’enfuit aussitôt qu’il le voit.