MON VIEIL Ami
Léocadie Hersent-Penquer
Il vivait seul en sa demeure ;
Il vivait calme et sans remord.
Ce n'est pas sa mort que je pleure :
C'est de vivre puisqu'il est mort;
C'est de voir renaître les roses
Quand mon cœur est triste à jamais ;
C'est de voir tant de douces choses
Qu'il ne voit plus, lui que j'aimais !
C'est de voir voler les mouettes ;
D'entendre le bruit du reflux,
Ce bruit des mers cher aux poëtes :
C'est de chanter puisqu'il n'est plus !
Lui qui connaissait tous ces rêves
Qu'aujourd'hui je livre aux zéphyrs,
En ces lieux où le flot des grèves
Est moins triste que mes soupirs !
Il n'est plus, lui qui fut mon guide,
Guide pour moi plein de douceur !
II n'est plus, et sa place est videDans
ma maison et dans mon cœur !
*
Il avait la bonté d'un ange ;
La voix pleine de charité ;
Dans le regard un charme étrange
Plein de candeur et de fierté.
Il puisait sa joie en lui-même.
Le devoir fut son seul bonheur.
Il aimait comme le sage aime :
Il aimait pour plaire au Seigneur.
Homme de paix, cœur solitaire,
Il vécut d'un rayon de miel ;
Il s'est endormi sur la terre
Pour se réveiller dans le ciel.
Et moi, dans ma vie incertaine,
J'avais ma force en son esprit,
Ainsi que la Samaritaine
Avait la sienne en Jésus-Christ.
A présent je tombe à toute heure ;
Je n'ai plus d'aide, ni d'appui.
Ce n'est pas sa mort que je pleure :
C'est de vivre si loin de lui.
Janvier 1P02.