Un mot amical

François Coppée

Sonnets intimes et poèmes inédits — 1911

Vous désirez donc que sur ce volume Le poète écrive un mot amical. Mais je tremble presque, en prenant la plume, Que mon souvenir tourne en madrigal. Ainsi que des fleurs mises en corbeilles Doivent à la fin trouver importun Le continuel baiser des abeilles Qu'attire et retient leur puissant parfum, Ainsi vous devez être un peu blasée Sur les compliments quelquefois trop longs Que les amoureux, troupe méprisée, Murmurent autour de vos cheveux blonds, Et moi, qui crains fort une raillerie, Je songe aux fadeurs qu'on vous infligea, Et je vous épargne une flatterie Qu'on a cent fois dû vous dire déjà.