Se pris et les était a départir

Christine de Pizan

Virelays

Se pris et los était a departir Et a donner, selon mon jugement ; J’en sais aucuns qui bien petitement Y devroient a mon avis partir. Et non obstant qu’ilz cuident bien avoir Assez beauté, gentillece et proece, Et que chacun cuide un prince valoir, A leurs beaulx tais appert leur grant noblesse. Mais puis qu’on voit, qui qu’il soit consentir A villains fais et parler laidement. Pas nobles n’est ; ains deust on rudement D’entre les bons si faitte gent sortir, Se pris et los était a départir. Ne en leurs dis il n’a nul mot de voir, Grands vanteurs sont, n’il n’est si grant maistrece Qu’ilz n’osent bien dire que leur vouloir En ont tout fait, hé Dieux ! quel gentillece ! Comme il siet mal a noble homme a mentir Et médire de femme ! et vrayement Telle gent sont droit villains purement, Et devroit on leur renom amortir, Se pris et los était a départir.