LA DERNIÈRE HEURE
Léocadie Hersent-Penquer
Puisque mon cœur est mort, j'ai bien assez vécu.
VICTOR HUGO.
Quand je n'aimerai plus tout ce qui fait ma joie :
Le soleil qui flamboie
Dans son cadre d'azur;
Les belles nuits d'été, d'étoiles habillées.
Jetant sous les feuillées
Des rayons d'un or pur.
Quand je n'aimerai plus le flot bleu qui soulève
Les algues de la grève
Et les jette à mes pieds,
Là, sur cette falaise où j'accorde ma lyre,
Où je chante et soupire,
Où je rêve et m'assieds.
Quand je n'aimerai plus, moi qui suis une femme
Si simple dans mon âme
Et si simple toujours,
Le fruit que je savoure et la fleur qui m'enivre,
Le pain qui me fait vivre
Aujourd'hui, tous les jours!
Quand je n'aimerai plus ni les prés, ni les roses,
Ni les charmantes choses
Qu'en mai j'entends partout.
Quand je n'envierai plus le vol de l'hirondelle,
Voyageuse éternelle,
Qui voit tout et sait tout !
Quand je n'envierai plus d'être un lis dans la plaine,
Un zéphyr, une haleine,
Un souffle dans les airs ;
Une naïade, afin d'être toujours bercée,
Et toujours caressée
Par les vagues des mers.
Quand je n'envierai plus, moi qui suis un poëte,
D'être l'humble fauvette
Cachée au fond des bois,
Pour trouver, dans la paix et dans l'ombre, comme elle,
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Ce qui manque à mon aile,
Ce qui manque à ma voix.
Quand je n'envierai plus tous les biens que j'envie,
Les seuls biens de la vie !
I Ces biens qu'il faut chérir !
Quand je n'envierai plus d'aimer pour que l'on m'aime,
Je dirai : — Dieu suprême !
Il est temps de mourir !
l Janvier 1862.