Mars

Émile Verhaeren

Almanach — 1895

C’est Mars ! Un lent soleil convalescent là-haut se penche à la fenêtre et vers terre pénètre. C’est Mars ! Le vieil hiver fuit dans la mer ; comme un oiseau qui secouerait ses plumes, l’aube neuve s’ameute en brumes. C’est Mars ! L’âpre midi s’est attiédi ; le ciel étend sur les clairières les tabliers de la lumière. C’est Mars ! L’ombre du soir incline aux longs miroirs des lacs pensifs ses bras qui glissent et s’enfoncent sous les eaux lisses. C’est Mars ! Et le printemps, voici qu’il s’apprivoise avec les premiers chants d’oiseaux et qu’aux étangs couleur d’ardoise les humbles gens de la paroisse, pour abriter les toits et border les closeaux, coupent de pauvres blancs roseaux.