Le Cheval et l’Âne

Jean de La Fontaine

Fables — 1668

En ce monde il se faut l’un l’autre secourir : Si ton voisin vient à mourir, C’est sur toi que le fardeau tombe. Un âne accompagnait un cheval peu courtois, Celui-ci ne portant que son simple harnois, Et le pauvre baudet si chargé qu’il succombe. Il pria le cheval de l’aider quelque peu ; Autrement il mourrait devant qu’être à la ville. La prière, dit-il, n’en est pas incivile : Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. Le cheval refusa, fit une pétarade ; Tant qu’il vit sous le faix mourir son camarade, Et reconnut qu’il avait tort. Du baudet en cette aventure On lui fit porter la voiture, Et la peau par-dessus encor.