Chant d’avril

Amélie Gex

Poésies — 1879

Mignonne, allons sous la saulaie ; Nous entendrons le ruisselet, Tout en courant, jaser seulet Et chanter l’oiseau dans la haie. Dans l’aubépin, Zéphir mutin Murmure : Premier beau jour Est de l’amour L’augure. Allons voir s’ouvrir les pervenches Comme un œil bleu dans le fossé, Si les rosiers de l’an passé Ont déjà des fleurs sur leurs branches. Le bouton d’or, Timide encor, S’assure Qu’il peut fleurir Sans plus souffrir Froidure. Nous irons chercher des nouvelles De l’alouette et du pinson ; Leur demander si la chanson Déjà sent recroître ses ailes. Soleil n’a plus D’un vieux reclus L’allure, Et dans un mois, La fraise, au bois, Est mûre. Mignonne, allons, l’heure est charmante ! Sur la falaise on peut trouver Ce coin tout seul où, pour rêver, Amour conduit sa jeune amante… Printemps vainqueur De notre cœur A cure, Car, cette fois, Tout à la fois S’azure !