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Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Dès la fauve clarté d’un midi nuptial, Vers les parvis jonchés éclate un chant de fête Sacrant l’avènement du jour initial Où meurt tout un passé sur qui la nuit s’est faite. Les hymnes triomphaux redits à pleine gorge Se taisent et le soir qui saigne aux horizons S’attriste du sanglot d’un rêve qu’on égorge, Holocauste dernier aux vaines déraisons ; La Noce foule et fane en la route bénie Les fleurs d’un autre Avril qui fut une autre Vie Morte à jamais avec ses affres ou sa joie ; Et sur l’Escalier où le cortège se range, D’un geste langoureux la Fiancée octroie Sa main à l’anneau, lourd de quelque pierre étrange. Sur la fête d’un soir d’aromates et d’Anges, Porteurs de glaives d’or et de robes étranges Qui flottent sur le ciel étoilant leurs lents plis Mouillés par la rosée abondante des lis Par qui s’embaume le silence des vallées, Souffle l’aile d’un vol de plumes étalées… Ce songe d’âme triste et lasse de la chair Des corps charmants et des lèvres, par qui l’éclair Ingénu du baiser propage ses délices, Et de l’adieu fatal des blondes Bérénices Dont les charmes sont les sourires enfantins Et leurs parures de joyaux et leurs yeux teints Du fard de quelque mode invincible et barbare Mais dont toujours la Loi cruelle nous sépare ! Ce songe d’une Fête vague dans un soir Empli d’ailes mouvant des parfums d’encensoir Et d’Anges blancs, porteurs de palmes et d’épées, Droits en l’étoilement de leurs robes drapées, En ce cri d’Hosannah s’achève pour jamais… L’écho vibre de tes paroles et tu mets Entre mes mains tes mains à qui nul ne résiste Pour qu’à tes doigts l’anneau d’argent où l’améthyste Enchâsse son éclat vespéral et fané Atteste l’éternel amour qui s’est donné À toi, l’Élue, en ce rite d’Épithalame, À toi qui veux de mon amour et sais mon âme Et crois à ce serment qui pleure à tes genoux, Épris de l’or mystérieux des bandeaux roux De ton front parfumé d’un miel de chevelure Où l’arôme des fleurs se mêle à la brûlure Des blonds soleils sombres au delà de la Mer, Et de ta bouche lasse encor d’un sort amer Dont l’emblème à tes pieds séjourne avec ton ombre : Ô soir à quel Destin ta fête nous dénombre ! Les myrtes nuptiaux ont jonché les parvis Et l’ostensoir s’allume en diamants ravis Aux trésors déterrés des Grottes prismatiques, Et sur le haut vitrail planent les vols mystiques, Courbant les lis frôlés du nu de leurs talons, Des Anges vêtus d’or, porteurs de glaives longs Au pommeau rehaussé par des perles bossues Et de robes qu’un ciel d’Étoiles, aperçues En leurs scintillements de clartés et d’exils Et leurs gouttes de feux palpitants et subtils, Par les trous dont le Temps a criblé les verrières, Constelle de points d’or et pique de lumières.