Dedans des Prés je vis une Dryade

Pierre de Ronsard

Le premier livre des Amours — 1552

Dedans des Prés je vis une Dryade, Qui comme fleur s'assisoyt par les fleurs, Et mignotait un chapeau de couleurs, Échevelée en simple verdugade. Des ce jour là ma raison fut malade, Mon cœur pensif, mes yeux chargez de pleurs, Moi triste et lent : tel amas de douleurs En ma franchise imprima son oeillade. Là je senti dedans mes yeux voler Une doux venin, qui se vint écouler Au fond de lame : et depuis cest outrage, Comme un beau lis, au mois de Juin blessé D'un ray trop chaud, languit à chef baissé, Je me consume au plus vert de mon age.