Ballade XXVII
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Ardant désir de véoir ma maîtresse
A assailly de nouvel le logis
De mon las cueur, qui languit en tristesse.
Et puis dedans par tout a le feu mis.
En grant doubte certainement je suis
Qu’il ne soit pas legierement estaint,
Sans grant grâce. Si vous prie, Dieu d’Amours
Sauvez mon cueur, ainsi qu’avez fait maint,
Je l’oy crier piteusement secours.
J’ai essayé par lermes à largesse
De l’estaindre ; mais il n’en vaut que pis ;
C’est feu gregeois, ce crois je, qui ne cesse
D’ardre, s’il n’est estaint par bon avis.
Au feu, au feu, courez, tous mes amis !
S’aucun de vous, comme lâche, remaint
Sans y aller, je le hé pour toujours ;
Avanciez vous, nul de vous ne soit faint.
Je l’oy crier piteusement secours.
S’il est ainsi mort par votre peresse,
Je vous requier, au moins, tant que je puis,
Chacun de vous donnez lui une messe,
Et j’ai espoir que brief ou paradis
Des amoureux sera moult haut assis,
Comme martir et treshonnoré saint,
Qui a tenu de Loyauté le cours :
Grant tourment a, puis que si fort se plaint ;
Je l’oy crier piteusement secours.