Septembre

Lucie Delarue-Mardrus

Horizons — 1904

La verdure jaunit comme quelqu’un grisonne, Voici venir ma belle automne. Elle entre déjà toute en mon cœur qui l’attend : Je l’aime tant ! Je l’aime tant !… Oh ! combien la venue est encore lointaine De ma future quarantaine ! C’est alors que, pareille à sa tristesse d’or, Je l’épouserai plus encor. En moi, comme un fruit mûr à la branche qui plie, Pèsera mon âme accomplie, Ma sève aura fini sa joie et ses efforts ; Et, tous mes rêves étant morts, Je ne marcherai plus ainsi qu’une étrangère Dans les feuilles sèches légères…