Le Christ au tombeau

Amable Tastu

Poésies nouvelles — 1835

Seigneur, Seigneur ! Se peut-il que l'on meure ? Quittez enfin cette étroite demeure, Venez à nous ! Christ, Fils de Dieu, né du sein d'une femme, Qu'attend le ciel, que la terre réclame, Réveillez-vous ! L'ANGE DE LA PASSION. Le Christ est au tombeau ! Je l'ai vu ! Du saint voile Une invisible main a déchiré la toile ; Une nuit lamentable a couvert Golgotha ; Les morts ont secoué leur vêtement de pierre, Et tout ce jour, de peur de souiller sa lumière, Le soleil s'arrêta ! J'ai moi-même à ce Juste apporté le calice ; J'ai suivi tous ses pas de supplice en supplice ; J'ai vu son front en sang et sa chair en lambeau. L'immuable justice , en son arrêt sévère, N'a dû, vous le saviez, s'apaiser qu'au Calvaire : Le Christ est au tombeau ! LE CHOEUR DES ANGES. Seigneur, Seigneur ! Se peut-il que l'on meure ? Quittez enfin cette étroite demeure, Venez à nous ! Christ, Fils de Dieu, né du sein d'une femme, Qu'attend le ciel, que la terre réclame, Réveillez-vous ! L'ANGE DE LA PASSION. Marthe ! De tes travaux où sera le salaire ? A quel maître, ô Marie ! Es-tu sûre de plaire ? Lazarre ! Si tu meurs, qui te rendra le jour ? Quel divin protecteur, fragile pécheresse, A les pleurs indulgent, couvrira ta faiblesse De son sublime amour ! Sous quelle main, hélas ! De leur bercail chassées, Viendront se réunir les brebis dispersées ? Le pasteur immolé, que devient le troupeau ? Qui, de l'âme et du corps, guérira la souffrance ? Qui parlera de foi, d'amour et d'espérance ?... Le Christ est au tombeau ! LE CHOEUR DES ANGES. Seigneur, Seigneur ! Se peut-il que l'on meure ? Quittez enfin cette étroite demeure, Venez à nous ! Christ, Fils de Dieu, né du sein d'une femme, Qu'attend le ciel, que la terre réclame, Réveillez-vous !