Les petites Clochettes bleues

Rosemonde Gérard

Les Pipeaux — 1889

Les petites clochettes bleues Font à la brise un tintement, Mais que perçoivent seulement Les bouvreuils et les hochequeues. Au souffle des zéphyrs frôleurs, Lorsque dodeline leur gerbe, Elles sonnent ; mais les brins d’herbe Les entendent seuls, et les fleurs. Leur calice bleu qui s’irise, Mis en branle très doucement, Fait un léger balancement Et tintinnabule à la brise. Quand, sous le ciel d’azur serein, De rosée une chrysanthème Prenant le soleil pour parrain Se baptise, pour le baptême Elles sonnent leur carillon, Et mènent aussi grand tapage Quand d’une guêpe ou d’un grillon Se célèbre le mariage, — Quand processionnent sous bois Les grosses chenilles dévotes, — Et quand chantent à pleine voix Leurs alleluias, les linottes. Elles font aussi leur ding don Quand, devant l’hôtel que balance Un grand lys avec indolence, Vient ce gros chantre, le bourdon, Toujours gris des senteurs de roses, Officier, plein d’onction, Et donner aux fleurettes roses Sa grave bénédiction. Elles lui sonnent pour sa messe Des chants plus doux que des parfums, Et font pour les moineaux défunts De petits glas pleins de tristesse, — Alors vont à l’enterrement Les bouvreuils et les hochequeues, Appelés par le tintement Des petites clochettes bleues.