L’Infidèle

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Pour être nue aux bras d’un autre qui t’étreint Qu’as-tu besoin encor de la robe pourprée Qui, sous ses beaux reflets dont ta chair fut parée, Faisait saillir ta hanche et dessinait ton sein ? Que ce collier rompu s'égrène grain par grain ! Que mon talon l'écrase en poussière dorée Et brise le miroir où tu t’étais mirée, Riante de mentir au cristal incertain ! Écoute au sol grincer le tranchant de la bêche ; Dans la terre brûlante encore, aride et sèche J’ai caché les débris de notre long amour ; Mais, au bas du cyprès où j’ai creusé sa tombe, De la cime, j’entends depuis, j’entends toujours Le sourd roucoulement de la même colombe.