Ballade XXIII (Loyal Espoir, trop je vous vois dormir)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Loyal Espoir, trop je vous vois dormir, Resveilliez vous et Joyeuse Pensée, Et envoyez un plaisant souvenir Devers mon cueur, de la plus belle née Dont au jour d’ui coure la renommée ; Vous ferez bien d’un peu le resjoïr. Tristesse s’est avecques lui logiée ; Ne lui veuillez à son besoing faillir. Car Dangier l’a desrobé de Plaisir, Et que pis est, a de lui eslongnée Celle qui plus le povoit enrichir ; C’est sa dame tresloyaument aimée. Oncques cueur n’eut si dure destinée. Pour Dieu, Espoir, venez le secourir ; Il a en vous sa fiance fermée, Ne lui vueiiliez à son besoing faillir. Par Povreté lui fault son pain querir À l’uis d’Amours par chacune journée, Or lui vueiiliez l’aumosne departir De Lyesse, que tant a désirée. Avancés vous, sans faire demourée Pensez de lui, vous savez son désir, Par vous lui soit quelque grace donnée, Ne lui vueiiliez à son besoing faillir. Seulle sans per, de toutes gens louée Et de tous biens entièrement douée, Mon cueur ces maux seuffre pour vous servir, Sa loyauté vous soit recommandée, Ne lui vueiiliez à son besoing faillir.