Le jongleur

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Immobile et comme en suspens rit son visage aminci de serpent où l’or inquiet des prunelles danse. Car ce regard jaune ordonne les jeux … Une… Deux… des multicolores qui s’élancent et que happent… Une… Deux… Trois… les frêles doigts comme désossés dans une démence. C’est à peine si les muscles sous la peau fine ondulent … Quatre… Cinq… Six… Et les billes sautent, minuscules … Sphères, billes, boules ou bulles… Sept ! — Et l’or des yeux luit qui les suit … Une… Deux… l’une après l’une dans leurs aériens circuits. Car elles volent et circulent, et se poursuivent, importunes, et retombent à petit bruit, rondes et nulles. … Une… Deux… Trois… Prunelles d’or et visage étroit… Quatre… Cinq… et reflets étranges nés de ces frêles doigts adroits : bleu, vert, violet, orange… Prisme dansant dans mes yeux brouillés — dormants ?… éveillés ? — Rêve qui mêle sa fortune … Cinq… Six… aux reflets des lunes… Sept ! — Fugace accord des billes courant l’une après l’une… Double point d’or qui scintille et jubile dans cette étroite face immobile !